Otages Ghislaine Dupont et Claude Verlon: Que s’est-il passé au Mali ?

Cette semaine, deux journalistes Français ont été tués au Mali. Ghislaine Dupont et Claude Verlon travaillaient pour Radio France Internationale et en étaient à leur seconde mission au pays quand un piège fatal s’est refermé sur eux.

Coïncidence étrange, cette même semaine l’Etat français obtenait la libération de quatre otages retenus depuis trois ans au Niger. D’après les chiffres qui circulent officieusement dès la libération, les terroristes auraient reçu la somme de 20 millions d’Euros dans l’opération. Ceci a immédiatement crée une demande formidable pour toute personne – homme, femme, enfant – portant un passeport français.

Il faut savoir que de nombreux pays africains comme le Mali, le Niger, la Lybie… sont livrés à des bandes armées qui tirent une manne financière importante du brigandage, du terrorisme, du trafic et des otages. Ces groupes ne connaissent pas de frontières et savent que le temps joue  pour eux.  Il y a 30 ans, il fallait aller chez les islamistes les plus radicaux pour entendre certains discours extrêmes. Aujourd’hui, un gamin de 14 ans dit pire sur son mur Facebook et tous ses amis viennent « aimer ».  Même les régimes occidentaux se sont pliés à l’islamisme et soutiennent son combat y compris dans les rues des capitales européennes.

A eux deux, Ghislaine Dupont et Claude Verlon valaient 10 millions de dollars. En plus, comme ils sont journalistes, leur profession allait se mobiliser et maintenir suffisamment de pression pour que leur gouvernement finisse par payer. N’empêche qu’ils ont été tués immédiatement après leur enlèvement ! Ce n’est pas la seule contradiction dans ce dossier. Voici d’autres points d’intérêt :

 

– Escorte

Les militaires français ont refusé d’escorter les journalistes. Ceci n’a rien d’anormal. Par contre, devant ce refus, Ghislaine Dupont et Claude Verlon n’ont pas été tous seuls dans la région de Kidal à la frontière avec le Niger et l’Algérie. Ils ont obtenu une escorte de la MINUSMA, la force conjointe des Nations Unis participant à la « stabilisation du Mali ». Ce corps est constitué de 300 hommes déployés dans une zone grande comma la Suisse et infestée de terroristes se réclamant d’Al-Qaïda.

Une fois sur place, les journalistes vont interviewer Ambeiry Ag Rhissa un des chefs du mouvement séparatiste Touareg, le MNLA. Ce mouvement a participé à la guerre en Lybie et – en retour – il est soutenu par les libyens du groupe « Ansar el-Dine », traduisez, les défenseurs de la religion. Ils n’ont pas besoin de spécifier « islam » parce que c’est l’unique religion qui existe à leur sens. Suivant le modèle des distributions linux, le Ansar el-Dine est une branche de AQMI ; C’est-à-dire Al-Qaïda au Maghreb Islamique. En même temps, le MNLA est une branche de Ansar el-Dine.

L’islamisme tient sa puissance du fait qu’il a ramené le modèle Open Source au terrorisme. N’importe quel groupe de personnes peut se réclamer du drapeau noir et commencer des tueries selon des critères très libres.

Les journalistes arrivent donc chez leur sujet et pendant qu’ils sont en train de faire leur interview, les ravisseurs arrivent et les attendent dans la rue.

Question 1 : où sont les forces de l’ONU qui ont ramené les journalistes jusqu’à cet endroit ?

 

– L’enlèvement

D’après le responsable du MNLA, au moment du départ des journalistes, il ouvre la porte et tombe sur des hommes armés qui occupaient la rue. Ils pointent un fusil mitrailleur sur lui et lui demandent de rentrer chez-lui.

Question 2 : pourquoi ils réalisent l’enlèvement devant la maison de ce chef du MNLA ? Dans le code des sociétés tribales, agresser une personne qui vient de sortir de chez-moi est une déclaration de guerre personnelle. Tu as envie de les attaquer, va leur faire plus loin et sans pointer une arme sur moi !

Les ravisseurs savent qu’ils impliquent le responsable du MNLA et peuvent causer un incident diplomatique grave avec son mouvement. Dans cet univers violent et brutal, la mort des Français est une quantité négligeable. Ils sont étrangers. Ils ne font partis d’aucun clan donc personne ne va les venger. Par contre, pourquoi les enlever d’une manière qui risque de causer des problèmes par la suite ?

Les radicaux d’Ansar el-Dine ont eu quelques tensions avec le MNLA mais ces deux mouvements contrôlent toute la zone. Il est étrange de voir les premiers braquer les seconds pour des otages qu’ils auraient pu kidnapper deux kilomètres plus loin sans froisser personne. A moins qu’on considère l’option totalement folle que les ravisseurs ne font partie ni de l’un, ni de l’autre des groupes.  Cette hypothèse ouvrirait plus de questions qu’elle n’en résout.

 

La fuite 

Les ravisseurs prennent Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Ils utilisent le 4×4 des journalistes, plus d’autres véhicules dans lesquels ils sont eux-mêmes arrivés.

C’est un petit convoi qui quitte la ville avec les otages.

Question 3 : L’ONU a 7 points de barrages qui sont censés couvrir toutes les sorties de la ville. Encore une fois, où est l’ONU ?

 

L’assassinat

A 12 kilomètres de la ville, le convoi s’arrête. A supposer qu’il roulait à 60 km/h en moyenne, nous sommes seulement une douzaine de minutes après l’enlèvement. Les otages sont sortis du 4×4 et abattus. L’un reçoit 3 balles et l’autre 2.

Question 4 : Les terroristes auraient pu vendre ces otages à leur pays ou bien à d’autres groupes terroristes motivés pour le faire.  Dans les deux cas, l’affaire aurait pu leur rapporter plusieurs millions d’Euros. Au contraire, ils décident de les abattre immédiatement après l’enlèvement, pourquoi ? Ce n’est pas comme si les terroristes ne connaissaient pas la valeur des otages. Dès la libération des 4 précédents otages Reuters parle de 20 millions d’Euros !

Question 5 : si ces terroristes ne sont pas intéressés par l’argent mais par une opération pour toucher la France, alors pourquoi ne pas avoir gardé les otages plus longtemps avant de les tuer ? Ceci leur aurait permis d’obtenir le maximum de couverture médiatique.

Voici une capture d’écran d’une dépêche AFP sortie mercredi (lien):

 

 

Le calendrier

Le mardi 4 otages sont libérés et arrivent mercredi à Villacoublay où Hollande les attend. Politiquement, c’est toujours « bien » pour un président de se montrer en compagnie d’otages qu’il vient de libérer. Pourtant, les terroristes grassement payés feront tout pour ne pas le laisser profiter de cet évènement : le samedi de la même semaine, dans la plus grande urgence, ils trouvent deux Français et les tuent sans poser de questions.

Question 6 : sachant que (1) la région de Kidal est à la frontière avec le Mali et le Niger. Sachant qu’elle est contrôlée par les mêmes groupes qui ont libérés les 4 otages mardi, peut-on réellement considérer les deux évènements comme indépendants ?

Question 7 : pourquoi les mêmes groupes terroristes prennent 4 otages et les gardent 3 ans  pour les libérer pour 20 millions d’Euros un mardi, prennent 2 otages samedi suivant et les exécutent 12 minutes après l’enlèvement ?

 

Que s’est-il passé ?

Ghislaine Dupont et Claude Verlon arrivent au Mali dans un contexte où on fête la libération de 4 otages français. Mentalement, ils sont aussi influencés par le discours qui règne dans les rédactions  parisiennes : les rebelles sont des Robin des Bois des temps modernes. Dans une ambiance bon enfant, ils combattent les régimes dictatoriaux afin d’instaurer la démocratie. Ne supportant pas la vue du sang, la majorité des journalistes préfèrent rester aveugles aux milliers de vidéos que ces « rebelles » mettent en ligne et où on les voit fièrement égorger des civils, abattre des enfants ou manger les organes de gens qu’ils ont tué. Quand ils vont dans la zone AQMI au Mali, ils n’ont pas l’impression de prendre des risques hors du commun.

L’armée française refuse de les accompagner. La zone est infestée de terroristes et il faudrait envoyer une division blindée pour réellement assurer la sécurité de ces deux civils. Devant ce refus, les journalistes décident d’embarquer avec l’ONU.

Les soldats que l’ONU déploie dans ces zones sont eux-mêmes d’Afrique ou de pays arabes. Ils touchent leur solde et font de la figuration dans un conflit qui les dépasse. Ils n’ont pas envie de se faire tuer ou d’avoir à affronter des djihadistes sur lesquels même l’US Army se case les dents. Ils restent en dehors du conflit et savent être ailleurs quand il le faut. Les journalistes se sentent en sécurité avec ces troupes de l’ONU sans se rendre compte que – contrairement à l’armée française – ces soldats sont dans la logique de rester en dehors de tout conflit.

Les autorités françaises ne disent pas toute la vérité sur la libération des 4 otages de mardi. Cette opération s’est terminée en embrouille dont on ne peut qu’essayer de deviner la teneur :

–          Un groupe intermédiaire n’a pas été payé. Soit par la faute des négociateurs français, soit par qu’il a été lui-même arnaqué par d’autres groupes sans plus de scrupules

–          Les billets donnés étaient des faux de bonne qualité

–          L’argent de la rançon s’est volatilisé et personne ne sait où il est

–          Les Français ont essayé d’attaquer les terroristes une fois qu’ils ont libéré les 4 otages

–          La France a obtenu la libération sans argent mais fait circuler la somme de 20 millions d’Euros versé pour créer la discorde au sein des groupes armés

–           …

Pendant qu’on fête à Paris, les terroristes d’AQMI fulminent et décident de monter une opération vengeance. Quand ils apprennent que des journalistes de RFI se dirigent doit sur eux dans un convoi de l’ONU, ils prennent cela pour un signe divin. Ils assemblent un go team agressif et déterminé. Il faut traverser la frontière du Niger et prendre possession des journalistes. Si ce sont effectivement des Français : flinguer sur place et évacuer. L’opération est menée très rapidement et sans synchroniser avec d’autres groupes terroristes. Ils ne peuvent pas impliquer d’autres groupes car ceux-ci seraient prêts à les doubler sachant qu’il y a 5 millions d’Euros par tête.

Le go team arrive à Kidal en fanfare. Les soldats de l’ONU préfèrent faire autre chose. Ramasser des balles, ça n’a jamais été leur truc. Les terroristes cueillent les journalistes devant la maison du chef du MNLA. Ils braquent ce dernier parce qu’ils n’ont pas envie de négocier avec lui et expliquer les tenants et aboutissants d’une affaire qui le dépasse. De toute manière, c’est même pas dit qu’ils l’aient identifié. Pour eux, c’est un local et ils ne sont pas là pour lui.

Les Français sont embarqués et le convoi démarre au plus vite pour ne pas abuser de l’hospitalité de l’ONU. A ce stade, les journalistes ne doivent pas encore réaliser le danger. Ils connaissent leur prix dans cet endroit du monde : 5 millions d’Euros par personne. Leur passeport Français les protège.
Apres dix minutes de route, les terroristes arrêtent le convoi. Pour eux, c’est le jackpot. Les deux captifs sont effectivement des Français. S’ils avaient été des Belges, des Canadiens, ou des Suisses, ils auraient été obligés de les relâcher.

Les deux journalistes sont entrainés à une centaine de mètres du convoi et froidement abattus. Deux et trois balles selon la version officielle. On n’a pas affaire à ceux qui vident des chargeurs entiers en hurlant ou qui découpent la tête de leur victime au couteau de boucher. Ces terroristes sont des exécutants froids et précis avec une mission très claire : envoyer un message à Paris.

Dans cet endroit désolé, personne n’aurait pu trouver les corps. Les terroristes laissent le véhicule des journalistes sur place comme marqueur et le ferment à clés pour éviter que des locaux ne le volent.

Affaire à suivre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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One Response to Otages Ghislaine Dupont et Claude Verlon: Que s’est-il passé au Mali ?

  1. Dominique BAUDINAUD says:

    Il manque une info importante arrivée il y a 1 ou 2 jours … c’est qu’apparemment, même s’ilms ont été “criblés” de balles comme le dit le Quai d’Orsay, il semble que ce même Quay d’Orsay ait fait barrage à l’information fournie par le Préfet de la région d’enlèvement de ces 2 journaliste avantureux disant qu’ils avait été égorgés.
    http://francaisdefrance.wordpress.com/2013/11/02/mali-les-journalistes-de-rfi-tues-a-kidal-nont-pas-ete-cribles-de-balles-mais-egorges-ce-quon-vous-dit-et-ce-quon-vous-cache/

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